Roland-Garros: à quoi joue Djokovic ?

Le Serbe Novak Djokovic, en quart de finale du tournoi de Genève, le 23 mai 2024

By Nicolas PRATVIEL

Paris (AFP) - Habitué aux entames de saisons tonitruantes, Novak Djokovic est depuis le début d'année l'ombre de lui-même, jouant bien peu et trop mal pour gagner le moindre tournoi ni même jouer la moindre finale. De quoi interroger sur son niveau et son envie, avant de défendre son titre à Roland-Garros.

"Evidemment que je suis inquiet. Je ne joue pas bien du tout depuis le début de la saison", a d'ailleurs reconnu sans détour le Serbe, cité par l'ATP, après son élimination vendredi en demi-finales à Genève, tournoi ATP 250 qu'il avait rajouté au dernier moment à son programme après avoir perdu prématurément à Rome.

"J'ai fait quelques bons matches ici ou là, mais c'est comme ça, il faut l'accepter", a ajouté l'homme de quasiment tous les records du tennis, dans un rare aveu d'impuissance où pointerait presque de la résignation.

Et si, à 37 ans, après tant d'accomplissements qui le placent au firmament du tennis (24 sacres majeurs), le N.1 mondial était envahi par un sentiment de lassitude ?

La question se pose. D'autant que lui-même insiste sur le fait qu'il "ne (se) considère pas comme un favori" à Roland-Garros et qu'il y prendra "les matches les uns après les autres" pour voir jusqu'où il arrive.

Sur le plan physique, lui qui s'astreint à une hygiène de vie drastique, est apparu souvent fatigué sur les courts depuis le début de la saison sur terre battue en avril à Monte-Carlo.

\- Mauvaise nuit -

A Genève, où il est devenu le troisième joueur de l'histoire après Jimmy Connors et Roger Federer à atteindre la barre des 1.100 victoires, c'est un problème bien plus identifiable qu'il a invoqué après sa demie perdue: des douleurs à l'estomac.

"Je me suis très mal senti au niveau de l'estomac et de ma santé aujourd'hui (vendredi). La nuit précédente n'a pas été bonne et la journée non plus", a-t-il dit.

Drôle de retournement de situation en quelques semaines, après une saison 2023 phénoménale au cours de laquelle il a été à un set de réussir le Grand Chelem: il a remporté l'Open d'Australie, Roland-Garros et l'US Open, mais Carlos Alcaraz l'a privé de Wimbledon au terme d'une finale magistrale en cinq sets.

En le voyant aussi pimpant que ses adversaires, plus jeunes de dix, quinze ans, on pouvait se dire que le déclin attendrait.

Mais dès janvier à l'Open d'Australie en son jardin (10 triomphes), Jannik Sinner l'a éliminé en demi-finales. L'impression rarissime de le voir autant dépassé sur un court a marqué les esprits. Comme si, pour la première fois, Djoko faisait son âge...

\- Staff remercié -

Pour expliquer les raisons de sa déconvenue, - non-obstant le tennis stratosphérique produit par l'Italien - Djokovic souligna surtout sa propre inconsistance, inhabituelle à ce stade d'un tournoi d'importance, lui qui a toujours su élever son niveau de jeu en pareille circonstance.

Au printemps, il s'est séparé à la surprise générale de deux des plus importants membres de son staff: son entraîneur Goran Ivanisevic et son préparateur physique Marco Panichi.

Quand Rafael Nadal, ultramotivé, est prêt à souffrir tous les diables pour s'offrir une dernière danse, en dépit d'un corps meurtri par les blessures, Djokovic lui semble peiner à réveiller sa grinta.

Le Serbe arrive à Roland-Garros, pour la troisième fois de sa carrière seulement, sans le moindre titre depuis le début d'année.

En 2018, il avait dû attendre Wimbledon pour retrouver le chemin du succès, après avoir été absent lors du second semestre 2017 en raison d'une blessure à un coude. Il avait ensuite peiné six mois pour recouvrer son meilleur niveau, non sans avoir traversé une période de doute, s'interrogeant même sur son avenir dans le tennis.

En 2022, le contexte était tout autre. Non vacciné contre le Covid, il n'avait pas été autorisé à voyager en Australie ni aux Etats-Unis, où se concentrent les gros tournois avant la saison sur terre battue, et il avait fini par regoûter à la victoire, encore une fois, sur le gazon londonien.

De quoi rappeler un fait incontestable, à qui s'empresserait de l'imaginer fini: en Grand Chelem, Djokovic sait se transcender et n'en est que plus dangereux.

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